LES DESSERTS GOURMANDS DE PIERRETTE

LES DESSERTS GOURMANDS DE PIERRETTE

Après avoir écrit deux livres à quatre mains, la cuisine arménienne, puis la cuisine méridionale de Pierrette, nous décidâmes, maman et moi, de faire une pause. Non pas que nous étions fatigués, car cuisiner ensemble a toujours été un grand plaisir, mais à vrai dire, nous étions à court d’idées. Mais, cette pause fut de courte durée. Et, c’est encore Pierrette qui prit une drôle d’initiative. Un dimanche de septembre, vers 15 heures, alors que nous prenions ensemble un bon petit café, elle me regarda avec insistance avec un petit sourire dans les yeux :
— Thierry, que m’offres-tu avec le café ?
— Je ne sais pas. Qu’est-ce qu’il te ferait plaisir ?
— Un petit carré de chocolat.
Je me levai pour prendre le chemin de la cuisine avec une certaine appréhension, sachant pertinemment que dans le placard où nous rangions les biscuits, il n’y avait pas un seul petit bout de chocolat. Je fis quand même mine de chercher.
— Maman, je suis désolé, nous n’avons plus de chocolat.
— Ce n’est pas grave ma nine, donne-moi un biscuit alors.
— Euh, il n’y a pas de biscuits non plus.
— Ah, ça se voit que ce n’est plus moi qui fais les courses !
Il est vrai que maman détestait prendre son café sans rien grignoter. Elle posa sa tasse et enchaina :
— Avant, tous les dimanches, tu faisais un gâteau. Ça y’est, c’est fini ?
— Non, pas du tout. De quoi aurais-tu envie ?
— Un fraisier…
— Ça va être difficile de trouver des fraises, ce n’est plus la saison…
— Aucun souci, fais-moi un Opéra à la place !
— Maintenant ? Mais, je n’ai pas de chocolat…
— Non, dimanche prochain. Je peux attendre une semaine. Dis-moi, comment se fait-il que tu n’aies pas mis la recette de ces deux gâteaux dans tes livres ?
— Ben, c’est-à-dire que, ce ne sont ni des spécialités arméniennes, ni des spécialités méridionales.
— Tu crois que tu vas t’en sortir comme ça ? Tu n’as qu’à en écrire un troisième !
— Je croyais que tu ne voulais plus écrire de livre ?
— Mais, qui te parle de moi ? C’est toi qui vas le faire !
— Et qu’est-ce que l’on va proposer comme recettes dans ce livre ?
— Tout !
— Comment ça tout ?
— Tous les standards de la pâtisserie !

Ma passion pour la pâtisserie remonte à mes quinze ans. Un samedi en plein mois de juin, je décide de me lancer. Alors que tout le monde fait la sieste, j’entre en cachette dans la cuisine de ma mère pour fouiller dans les placards (j’adore ça). Je trouve du cacao en poudre et de la farine. Sans trop savoir ce que je fais, je mélange le tout avec un œuf battu et enfourne ma petite bêtise. À la sortie du four, je récupère une chose qui ressemble à tout sauf à un gâteau. Pris de panique, je fonce vers le réfrigérateur en saisissant tout ce que je trouve : de la chantilly, du melon et de la pastèque ! Je vide la bombe de crème sur le gâteau et le recouvre de fruits coupés en tranches. Fier de mon chef-d’œuvre raté, je m’apprête à tout jeter à la poubelle, lorsque ma mère pousse la porte :
— Thierry, qu’est-ce que tu fais dans ma cuisine ?
— Rien, rien, j’avais soif…
— Comment ça rien, et ça, qu’est-ce que c’est ?
Maman saisit le plat, les yeux ébahis et ne peut s’empêcher d’éclater de rire. Le plus drôle, c’est qu’elle goute le gâteau et en reprend deux fois.
— Ce n’est pas présentable, mais c’est très bon, fadoli !
Voilà, le nom est resté : c’est le diminutif affectueux de fada. Mais, nous l’avons depuis nettement amélioré : le Fadoli est un entremets composé d’une génoise aérienne et d’une mousse au chocolat, surmontée d’une crème diplomate à la fleur d’oranger. L’ajout du melon et de la pastèque est bluffante. Vous trouverez en exclusivité la recette en page 25 de ce livre.

Les 101 desserts gourmands de ce livre sont tous réalisables par des pâtissiers amateurs (comme nous), même si parfois, nous avons dû en refaire certains pour atteindre la perfection gustative et la perfection visuelle. Tant il est vrai qu’un gâteau se mange d’abord avec les yeux ! Attention, la pâtisserie requiert beaucoup de précision, parfois une recette s’applique au gramme prêt, sous peine de la rater instantanément. Nous avons pris le parti de tout vous expliquer en détail. Dernier point, la pâtisserie, c’est un peu comme le bricolage, il faut se doter des bons outils et ustensiles pour réussir : robot, moules, cercles, fouet, spatule, maryse, balance, thermomètre, poche à douille, emporte-pièce, chalumeau, sorbetière, etc.

Le dimanche qui suivit, je tins promesse et prépara à ma mère un fraisier, ayant trouvé de belles Mara des Bois. Mon plaisir a toujours été de lui montrer d’abord le visuel, ce que je fis sur le champ. Sa réaction fut immédiate :
— Ah !!! Magnifique ! Mais comment fais-tu ?
— Je n’en sais rien. Mais, comme c’est pour toi et que je l’ai fait avec amour, c’est forcément réussi.
— Et quand est-ce qu’on le mange ce fraisier ?
— Tout à l’heure, avec le café !